Le regard que l'on porte sur un évènement conditionne notre manière de le vivre
C'est la raison pour laquelle chacun va vivre une même scène de manière très différentes, donnant parfois le sentinement pour un observateur extérieur que deux personnes racontant la même scène n'étaient pas au même endroit.
Notre manière de vivre les choses est conditionnée par tout un tas de facteurs qui ont conduit à faire de nous la personne que nous sommes (éducation, société, environnement, croyances familiales, religieuses, mais aussi nos expériences de vie, etc...), mais également de facteurs plus factuels : notre niveau de fatigue, nos préoccupations du moment, ce qui nous est arrivé juste avant etc...
Nous sommes parfois influencé par le regard des autres
Parfois, c'est le regard des autres qui va conditionner notre manière de vivre un évènements. C'est toujours amusant de voir un jeune enfant tomber, souvent il se relève se demandant ce qui lui arrive, il regarde les parents en silence, et là soit il les voit apeurés et courant vers lui et il va se mettre à pleurer, soit il les sent tranquilles et il va simplement se relever et continuer à jouer.
Les mêmes choses peuvent se répéter beaucoup plus tard. Ainsi lorsque j'étais chef de service dans le médico social, j'ai eu parfois l'occasion d'intervenir après des passages à l'acte violent de jeunes sur les professionnels. Parfois, pris dans l'action, le professionnel, à chaud, pouvait me dire que tout allait bien, puis quelques heures ou jours plus tart, après échanges avec des collègues, témoins ou non de la scène, la violence subie prenait plus de place dans son discours. L'inverse étant également possible : un acte vécu comme violent qui après le passage des collègues était amoindri, voir banalisé..
L'importance de le prendre en compte dans l'accompagnement
Dans le cadre de nos professions et notamment de nos accompagnements, il me semble donc nécessaire d'intégrer que chacun va vivre les choses à sa manière, selon son vécu passé, ses croyances, ses capacités à prendre de la distance, etc... et cela est juste.
Il s'agit donc bien de pouvoir rejoindre l'autre sur son propre vécu et se garder de tout jugement ou conseil sur la manière sont il devrait ou aurait du vivre les choses.
Cela est d'autant plus vrai au contact de personnes hypersensibles qui vont, de fait, avoir une manière plus intense et également plus personnelle de ressentir les choses, qui n'est pas toujours facile à gérer à leur niveau et qui n'ont certainement pas besoin de commentaires venant de personnes incapables de les comprendre...
Toutefois, sans venir juger ou donner un conseil sur ce vécu, je trouve intéressant de se nourrir des expéricences des uns et des autres pour comprendre également qu'il y a d'autre manière de vivre les choses que celles que nous avons. C'est la base du codéveloppement et c''est également ce que j'apprécie dans les cercles de paroles que je propose (que ce soit l'atelier causerie autour du feu ou Cercle et Cérémonie).
Il n'y a pas une manière meilleure qu'une autre de vivre un événement, chacun faisant ce qu'il peut avec ce qu'il est au moment où il le vit. Certaines expériences peuvent venir parler et trouver un échos afin de permettre un pas de côté alors que d'autres seront tellement éloignées de notre façon de fonctionner qu'elles ne nous parlerons pas sur le moment. Elles le feront peut être plus tard, ou pas mais cela appartient ensuite à chacun.
Le dénie comme moyen de défense
Il est également important de le prendre en compte, notamment lors de vécus traumatiques. Le regard posé sur les évènements conditionnant notre manière de les vivre peut venir expliquer que parfois certaines personnes puissent être dans le dénie ce qui leur arrivent.
Cela peut être le cas notamment en contact avec des personnalités perverses ou violentes. Outre le fait de l'ascendance, voir du contrôle qu'elles exervent sur la personne, cette dernière peut se réfugier dans une forme de dénie des violences (physiques ou psychologiques) reçues « simplement » pour pouvoir continuer à vivre, ne trouvant pas d'autres possibilités de fuite : la séparation, le départ , n'étant pas une option envisageable à l'instant donné, la fuite mentale de la réalité reste la seule issue viable.
Reconnaître ce traumatime serait lui donner une existance et donc lever le voile sur une situation vécue comme inavouable. Le dénie empêche alors la prise de conscience.
L'impossibilité de faire abstraction des choses vues
En effet, une fois que nous avons pris conscience d'une chose, il est quasiment impossible de faire machine arrière et de la renier. Comme dans ces dessins d'illusion d'optique où il y a deux dessins en un et où, une fois que nous les avons touvé, nous ne voyons plus qu'eux...
Dans mon expérience professionnelle antérieure, chaque changement de poste a été en lien avec une prise de conscience d'un dysfonctionnement que je n'étais pas en mesure de modifier et que ma direction ne souhaitait pas traiter. Ce dysfonctionnement pouvait être là depuis longtemps, parfois avant ma prise de fonction mais n'était pas dérangeant tant que je ne l'avais pas vu ou ne m'y était pas confronté.
Le fait de le voir, lui a donné un importance telle que je ne pouvais plus en faire abstraction et ne pouvant le corriger, je préférai partir et changer d'institution.
Je prends l'exemple du domaine professionnel mais c'est la même chose au niveau personnel : la décision de me séparer de mon ex épouse est également lié à un prise de conscience d'un dysfonctionnement au sein de notre couple, qui était présent depuis longtemps mais qui un jours est devenue trop important pour continuer de le subir... Il en va de même pour des prises de distance ou des ruptures amicales.
Une fonction à préserver
J'émets donc l'hypothèse que certains dénies de situation sont une manière défensive, pas forcement consciente, pour pouvoir continuer à accepter cette situation, pas parce qu'elle est satifaisante mais parce que les conditions d'un changement ne sont pas encore remplies.
Toute la question réside alors dans le fait de savoir, si au cours d'un accompagnement, il est nécessaire de confronter la personne à son dénie, afin de provoquer une réaction, ou pas...
Pour ma part, je ne pense pas qu'il s'agisse de la bonne méthode. Si un personne met en place des moyens de défense pour lui permettre de supporter une situation présente ou passée, il me semble important de devoir le respecter, d'autant plus que si elle demande à être accompagnée, c'est qu'elle est déjà dans une démarche de changement. Accepter sa temporalité est donc important.
Cela ne veut pas dire ne pas mettre de mots sur ce qu'elle vit, il est important qu'elle puisse l'entendre mais vouloir forcer les choses risque à mon sens de renforcer les systèmes de défenses et de ce fait, d'être contre productif... D'autant plus que chacun est responsable et maître de ses choix.
Une grande richesse
Ces façons uniques de vivre des évènements peuvent être à l'origine de nombreuses incompréhsions ou tensions, lorsque les personnes oublient que chacun a son propre système de penser et qu'elles souhaitent imposer le leur ou qu'elles interprètent la réaction de l'autre en fonction de leur propre manière de ressenitr les choses.
Mais elles sont avant tout, pour ma part, d'une grande richesse à partir du moment où l'on accepte de les entendre et que l'on essaie de les comprendre : accueillir l'autre pleinement dans ce qu'il est au moment de la rencontre reste, pour ma part, la base de toute interaction et un grand enrichissement personnel car toutes ces manière d'aborder les choses viennent me nourrir et m'aider à aborder les évènements sous différents angles.
C'est également un plus lors des accompagnements personnels que je propose.
