Laisser partir les gens que l'on aime
Je ne reviendrai pas sur ma relation aux autres et le fait que je leur donne facilement mon amour, je l'ai déjà expliqué dans mon texte « Je t'aime ».
Je voulais aujourd'hui partager avec vous l'importance de pouvoir laisser partir les gens que l'on aime. J'ai mis beaucoup de temps à le comprendre, même si, en réfléchissant à certaines relations actuelles, j'ai encore des progrès à faire...
Rien n'est permanent dans ce monde
Chaque relation naît d'une rencontre et chaque rencontre est différente. Là non plus, je ne vous parlerai pas de mon plaisir à faire de nouvelles rencontres. Juste que certaines d'entre elles peuvent être plus évidentes que les autres, une forme de reconnexion ou de redécouverte d'un lien passé, certainement d'une autre incarnation et qui fait que, dès le premier regard, nous avons le sentiment de nous connaître. D'autres relations demandent plus de temps, mais se solidifient progressivement au fur à mesure que l'on découvre des choses chez l'autre.
Nous avançons ainsi sur notre chemin, accompagné de personnes que nous aimons, avec lesquelles nous partageons de beaux moments mais également des épreuves qui peuvent nous éloigner ou renforcer notre lien.
Et puis, parfois, nos chemins bifurquent, nos centres d'intérêts évoluent, nos visions du monde également et il en est de même pour les personnes qui nous accompagnent, sauf que l'évolution ne suis pas toujours la même direction. Les discussions deviennent moins profondes, parfois des fossés se creusent et parfois les fossés deviennent des gouffres. Et cela est tout à fait normal : rien n'est jamais permanent dans ce monde.
J'ai beau le savoir et trouver cela normal, vu que mon amour n'est pas conditionné à ce que la personne fait ou pense, je ne l'en aime pas moins pour autant...
J'ai donc cette tendance à vouloir conserver le lien, à chercher à rester présent pour l'autre, à travers des messages, des prises de nouvelles, des visites, etc... Ce qui me paraît être apprécié sur le moment et me fait plaisir puisque j'aime être aux contacts de personnes que j'aime... Mais est ce pour autant juste ainsi ?
Des expériences qui laissent des traces
Lorsque nous avons quitté l'Auvergne nous y redescendions de temps en temps afin de faire la tournée des amies et nous dormions une nuit chez l'une, une autre chez un autre, etc... Jusqu'au jour où une amie m'a reproché de profiter de notre amitié pour venir « squatter » chez elle... alors que ce n'était pas cela : Nous traversions une partie de la France pour la voir... A priori, elle n'attachait pas autant d'importance à notre visite que nous... Cela a été la fin de cette relation et l'arrêt de nos retours réguliers en Auvergne durant plusieurs années. (Je parle ici à la première personne du pluriel car j'étais marié à l'époque et nous faisions ces déplacements en couple).
Plus récemment, il y a quelques années, une amie m'a reproché de n'être pas assez présent pour elle et sa fille, alors que j'essayais d'y aller quelques fois par an et qu'elle ne faisait jamais le déplacement... Cela m'a d'abord peiné et j'ai essayé d'augmenter la fréquence de mes déplacements et des week-ends chez elle. Et puis, je me suis rendu compte que c'était des week-ends qui étaient difficiles pour moi : l'ambiance dans laquelle elle vit est très énergivore et cela me demandait de m'y préparer. Par ailleurs, si j'étais bien accueilli durant le week-end, son rythme de vie fait qu'elle n'avait jamais ou très peu de moments à me consacrer et que je passais donc une grande partie de mon week-ends à ne rien faire de particulier si ce n'est absorber l'énergie du lieu. J'ai donc fais le choix de ne plus y aller et de laisser cette amie disposer de notre relation en la laissant libre de me contacter si elle en éprouvait le besoin ou l'envie. Durant les 18 derniers mois, elle n'a été à l'origine d'aucun échange sauf pour me souhaiter mon anniversaire (ce qui est certainement déjà ça).
Il y a quelque chose qui ne me semble pas juste, ou pas équilibrer dans cette relation et qui aujourd'hui, m'invite à la laisser filer. Cela ne signifie pas pour autant que je ne l'aime plus. Je pense que si demain ou dans 10 ans, elle me sollicite en ayant besoin de moi, je répondrai certainement présent et serai là pour elle.
Une question d'équilibre et de justesse réciproque
Toutefois, je n'ai plus envie de porter seul une relation et de devoir être à l'origine de toutes rencontres ou échanges. Je sais que parfois le temps file, que les activités des uns et des autres ne laissent pas beaucoup d'espace ou de temps pour entretenir des liens et que j'ai la chance aujourd'hui d'avoir une activité qui me laisse cette possibilité. Toutefois, derrière ma réflexion, c'est également la question de la volonté de l'autre, son envie réelle.
En portant seul une relation, qui certes pour moi est importante, est ce que je laisse la possibilité à l'autre de s'en libérer ? Est ce qu'à un moment elle ne sent pas juste obligé de me répondre, m'accueillir ou me voir, comme cette amie auvergnate, tout en pensant que je profite de cette relation ?
Et à l'inverse, sachant que j'ai du temps, certaines personnes vont volontairement me laisser prendre des nouvelles... Combien de fois j'ai pu avoir, après un long silence, la réflexion comme quoi cela fait longtemps que je n'ai pas appelé... Alors oui certes mais dans une relation, il y a toujours deux personnes et si cette dernière trouve que le temps était long, qu'est ce qui l'a empêché de prendre des nouvelles plus tôt ?
Nous avons souvent tendance à rendre les autres responsables de ce que nous faisons nous même, c'est toujours intéressant à observer mais du coup, c'est un miroir que j'aime observer par moment. Qu'est ce qui dans l'évolution de la situation dépend de l'autre et qu'est ce qui dépend de moi ? Est ce que j'ai quelque chose à reprocher à l'autre et si oui qu'est ce que cela dit de moi ?
Laisser partir ne veut pas dire rompre le lien
Dans la situation précédemment décrite, je n'ai rien à reprocher à mon amie. Elle a sa vie qui lui prends beaucoup de temps et d'énergie, notre évolution respective nous a progressivement éloigné, elle a fait des choix que je n'aurai pas fait mais ce sont les siens et cela la rend, à priori, heureuse, donc j'en suis également heureux pour elle, elle a traversé des périodes difficiles et a su trouver du soutien autour d'elle, ce qui est très bien également. Si nos chemins se séparent, je n'en demeure pas moins plein de gratitudes pour notre rencontre et les années à cheminer ensemble. Peut être que ces chemins se recroiseront dans quelques années, peut être pas mais pour l'heure, je suis assez serein sur le fait que je doive la laisser partir.
Cette évolution vient également m'interroger sur d'autres relations et ma faculté à chercher à les maintenir... Cela n'est certainement pas juste non plus. Il me semble, de ce fait, qu'il est important d'être serein sur le fait que certaines s'arrêtent ou se mettent en pause afin aussi de permette à l'autre de choisir de la poursuivre ou pas... Je suis également confiant dans le fait que, contrairement à ce que les dictons veulent nous faire croire, comme "loin des yeux, loin du cœur", les vraies relations ne souffrent pas du temps et/ou de la distance. J'ai pu expérimenter des relations qui ont pu être mises plusieurs mois, voir années, en silence et qui se sont renouées comme si nous nous étions quittés la veille. Laisser l'autre partir ne signifie pas pour autant rompre notre lien. C'est juste le laisser en disposer à sa convenance.
